Affaire Bibi:le regard d'un citoyen
Le Cameroun est secoué par la mort récente dans les conditions que l'on sait de Bibi Ngota,journaliste de profession.Ce dernier est décédé alors qu'il était en détention préventive à la prison centrale de Kondengui. La famille professionnelle du journaliste n'a pas manqué de réagir à ce décès qui rappelle que l'exercice du métier de journaliste en post-colonie n'est pas une sinécure. Dans les rangs du gouvernement le ci devant ministre de la communication,aidé par celui en charge des relations avec les assemblées sont tour à tour monté au créneau pour rappeler que le ministre SGPR Laurent Esso n'était pour rien dans cette affaire et que du reste, le sieur Bibi Ngota n'aurait pas été appréhendé pour un délit de presse, mais était en détention préventive pour des soupçons de faux, usage de faux et imitation de signature;délits relevant effectivement du droit commun.
Aujourd'hui que l'encre commence à sécher dans l'écritoire de rédaction, il appert urgent que la citoyenneté s'exprime sur une question qui ne laisse pas de susciter nombre de questions. Sans faire ici, le tour des problématiques envisageables, nous voulons simplement mettre le doigt sur les points aveugles d'une médiatisation qui met en lumière autant les manquements d'un État de droit qui reste menacé par les pratiques de ceux qui le gouvernent,tandis que le journalisme est progressivement mis au pas par des habiles manœuvres de diversions.
Entre prévarication et népotisme
On peut pérorer sur les raisons de la détention de Bibi Ngota. Les journalistes objecteront à bon droit qu'il était dans l'exercice de ses fonctions. A l'appui de cette argumentation on mettra la tentative d'approche de SGPR par Bibi Ngota et le protocole d'interview qu'il aurait à cet effet transmis à monsieur Laurent Esso. Cette thèse est d'autant plus vraisemblable que c'est à sa suite que la plainte aurait été déposée par ce dernier. Car il est difficile de penser que Laurent Esso ait été informé par les «très zélés» éléments de la DGRE qui ont dans un premier temps instruit l'affaire. Quelque soit la vraisemblance de cette thèse, d'autres, dans le camp du SGPR objecteront que Bibi Ngota, s'employait à extorquer des fonds dans cette affaire dans laquelle rappelons le,1,345 milliards auraient été versés en commissions à trois camerounais au titre de l'achat d'un bateau hôtel en Turquie. Cette thèse est également d'autant plus vraisemblable pour qui connait le microcosme de la presse camerounaise dans lequel il est de coutume d'approcher des personnalités lorsque l'on est en possession d'une information et de monnayer le silence sur celle-ci. D'ou vient-il qu'une plainte ait été déposée à la DGSN tandis que l'instruction était menée par la DGRE?
Aujourd'hui,s'il est difficile de savoir quelle est la ''la vérité'' à cette question qui impacte sur la qualification du délit,on peut cependant considérer, sans jeter la pierre aux journalistes camerounais que la ''vérité'' se trouve dans l'entre-deux. L'occasion faisant le larron, il n'est pas incongru de penser qu'eut égard aux montants ayant circulé,la tentation de faire un peu d'argent ait été aiguisée par l'indigence dans laquelle le journaliste camerounais se trouve du fait même de sa profession.
Mais, cette question qui porte sur la qualification du délit ne doit en aucun cas occulter les ''bonnes questions''.La première de ces questions concerne le respect de la procédure.
Il est à tout le moins surprenant qu'un délit de droit commun soit instruit par la DGRE(direction générale de la recherche extérieure), service de renseignement qui à priori n'a pas à connaître des questions de faux et usage de faux,même avec imitation de signature. Y avait-il ''atteint à la sureté de l'État? D'aucuns pourraient le penser!Si bien sur, on considère que dans un État faible comme peut l'être le Cameroun, l'État et ses dirigeants se confondent. L'État ici, c'est Laurent Esso.
Si on raisonne par l'absurde peut-on penser qu'un quelconque citoyen aurait pu saisir la DGRE pour une affaire de faux et usage de faux avec imitation de signature?Il est difficile de penser qu'elle eut donné suite à cette sollicitation. Est-ce là, la preuve que certains au motif qu'ils seraient haut fonctionnaire, proche du prince de surcroit seraient de citoyens pouvant prendre des libertés avec les institutions dont ils sont les gardiens?N'y a-t-il pas dans cette affaire un abus d'autorité de la part d'un serviteur qui utilise le pouvoir à lui confier?On oscille dans tous les cas entre népotisme et prévarication dans l'usage que le sieur Laurent Esso a fait du pouvoir à lui confié. A moins, à moins qu'il ne doive ce pouvoir au peuple. L'accountability ne faisant dès lors pas partie de ses obligations,aucun reproche ne saurait porter à son encontre.
Sans enfoncer une porte ouverte, on peut s'interroger sur la viabilité de nos institutions dans cette hypothèse. L'autre question qui vient à l'esprit est celle des conditions de leur détention. Ont-ils été torturé?Peut-on et doit-on accepter au mépris des conventions signées par l'État du Cameroun, que des citoyens soient torturés dans l'instruction d'un délit quel qu'il fut?Quelles suites donner dans l'hypothèse ou ils l'auraient été?Ces tortionnaires d'un autre age qui hantent la DGRE et les services de sécurité au Cameroun peuvent-ils continuer à exercer dans l'impunité absolue, alors même que certains ses gargarise d'avoir fait du Cameroun un État de droit?Ce questions méritent d'être résolues sans délai car le Cameroun semble plus que jamais dans un cycle de recul généralisé, ou les acquis des années de braises sont tour à tour remis en cause par le pouvoir. Ce retour de l'autoritarisme s'est traduit dans la manière dont le gouvernement a habilement orienté des journalistes en manque d'épaisseur.
Une presse suiviste?
Soit, Bibi Ngota est décédé. Le débat qui s'en est suivi à porter sur les causes du décès,la nature du délit ayant conduit le défunt en détention. Ces questions qui ne manquent pas d'intérêt ,ont été suscitées par le gouvernement à travers les ci-devant ministre de la communication et en charge des relations avec les assemblées ont occupé les rédactions. Il s'agissait à minima d'un exercice de cadrage et au mieux d'une diversion visant à occulter des questions autrement plus importantes. Car,que le sieur Bibi Ngota ait été en possession d'un document portant sur le versement d'une commission conséquente est avéré. Qu'il ait tenté de l'utiliser pour des fins personnelles,personnes ne peut apporter des preuves formelles à l'appui de cette hypothèse. Mais, quelque soit le bout par lequel l'on prend cette affaire;une question demeure,qui à mes yeux semble essentielle. Y a-t-il eu des commissions versées à trois camerounais dans l'acquisition du Rio del Rey?Monsieur Laurent Esso est-il de près ou de loin impliqué dans le versement de ces commissions?A-t-il lui même perçu une commission au passage?Ces pratiques sont-elles en conformité avec le droit? La mémoire de Bibi Ngota commande que la presse, sa famille professionnelle fasse la lumière sur cette affaire qui l'a conduit outre tombe. Un droit de suite collectif doit être et dans les rédactions les ancres ne doivent sécher avant que toute la lumière soit faite dans cette affaire qui révèle l'habileté avec laquelle le gouvernement oriente aujourd'hui le traitement de l'information dans la presse camerounaise. Sans ces éclairages,on peut à juste titre considérer que Bibi Ngota serait décédé pour rien.
Au lieu de voir fleurir ce questionnement sur le fond du dossier, que n'a-t-on pas lu dans la presse nationale, toute attachée à suivre le gouvernement dans sa construction de l'agenda médiatique. Et pan;monsieur Bibi Ngota n'était pas détenu pour délit de presse ,mais pour délit de droit commun. Et la presse qui suit, s'en fait l'écho en essayant à qui mieux mieux de montrer, ou démontrer, avec faibles arguments que cette détention relevait d'une catégorie ou de l'autre. Dans ce débat que nous ne qualifierons pas de vaporeux, personne n'a rappelé qu'en l'état de l'instruction, même le ministre Tchiroma ne pouvait à bon droit, fonder sur un de délit commun la détention de Bibi Ngota. Qui en tant que prévenu bénéficiait de la présomption d'innocence. De plus,sauf à se tromper, ce n'est pas une plainte qui fonde la qualification dudit délit et nul doute que devant les tribunaux, les deux parties se seraient écharpées pour la qualification dudit délit. En conséquence de quoi,sans arrêt d'un tribunal,la qualification du délit relève d'une question controversée, préalable,rhétorique et n'enlevant rien au fond de l'affaire. La presse s'y est malheureusement engouffrée avec toute la retenue qu' on lui connait.
L'autre champ de diversion abondamment usité par le pouvoir a été les circonstances ayant entrainé le décès de Bibi Ngota. Si la manœuvre du gouvernement était intelligente. L'argument semblait un peu court. Car comment imputer le décès de cet individu à des infections opportunistes parallèle au développement du Vih-sida?Quand bien même le défunt eut été sidéen, cela occulte-t-il les traitements inhumains qu'il a subi dans les geôles de la DGRE?Ces infections opportunistes ne sont-elles pas la conséquence de sa détention des des conditions d'insalubrité exacerbée?En cela, la responsabilité de monsieur Laurent Esso, ainsi que celle de ceux qui ont instruit la plainte de ce dernier n'est-elle pas engagée dans ce décès? On nous a annoncé à grands renforts de trompettes une enquête diligentée par le président de la république. Espérons que les trompettes de la renommée précéderont les résultats de cette énième enquête dans un pays connu pour enterrer les affaires à coup de commission d'enquête.
La presse a-t-elle fait son travail?Difficile d'apporter une réponse affirmative à cette question. ce d'autant qu'elle s'est complu à suivre l'agenda défini par le gouvernement qui cherchait par divers écrans de fumée à éluder les questions qui fâchent. Cette attitude traduit-elle un renouvellement de la mise au pas de la presse?D'aucuns pourraient le penser,et à l'appui de cet argument, ils montreraient que les nouvelles formes de contrôle exercées sur la presse relève davantage des techniques de communication éprouvées au rang desquels le cadrage ressortit. Toujours est-il que sans souscrire à cette hypothèse, on ne peut être que surpris par la manière dont la presse à fait preuve dans sa grande majorité de suivisme,manquant de ce recul critique qui permet de dépasser les questions se donnant pour évidente, données pour évidente pour une partie du dossier,pour aller à l'essentiel, c'est-à-dire l'ontologie même du dossier. Nous pensons,espérons et croyons qu'en la matière, la mémoire de leur confrère incitera quelque plumes hardies ,à poursuivre cette enquête afin que toute la lumière soit faite sur ces commissions. A défaut, une légende indienne nous dirait que le défunt ne connaitrait jamais la paix dans l'autre monde, et reviendrait hanter les rédactions jusqu'à ce que lumière soit faite.