Réponse aux Aters, vacataires et moniteurs requérant une reconsidération de leur recrutement
Depuis la publication de la liste des personnels retenus par les ministères de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique dans le cadre du recrutement spécial de 25 000 fonctionnaires, des candidats lésés manifestent par des requêtes leur surprise de n’être pas retenus. Deux collectifs qui n’ont à leur actif aucun passif ; le Collectif des Jeunes Enseignants Vacataires Titulaires de Doctorats (EVAC-DOCT) et le Collectif des moniteurs, vacataires et attachés d'enseignement et de recherche (Ater) ont adressé à la commission chargée du recrutement et supervisée par le secrétaire général du premier ministère ainsi qu’au chef de l’Etat des requêtes dont les médias se sont faits l’écho.
Ces collectifs de circonstances réclament la reconsidération de leur non sélection dans le cadre du recrutement spécial de 25 000.Pour le collectif estampillé « titulaires de doctorat », deux arguments plaident en leur faveur et pourrait permettre une reconsidération de la situation de certains de ses membres. L’âge limite fixé à 40 ans est pointé du doigt et le collectif considère à juste titre que cet âge limite en contradiction avec les usages dans le recrutement du personnel enseignant dans le supérieur pourrait conduire la Commission à « prendre toute mesure spéciale nécessaire, comme celle d'étendre l'âge, initialement limité à 40 ans, afin de ne pas nous pénaliser, vu par ailleurs qu'il est ordinaire de recruter à l'Université des intellectuels âgés de plus de 40 ans ».D’autre part, ils posent une présomption de qualification supérieure du fait de la possession du grade de docteur . « Nous, jeunes Docteurs jamais immatriculés à la Fonction Publique méritons d'être intégrés en priorité par rapport aux moins diplômés, disent-ils ».
Pour le collectif des moniteurs, vacataires et attaché d’enseignements et de recherche l’expérience due à l’exercice aurait insuffisamment été prise en compte, ce qui a conduit à une « incohérence » consistant dans le fait que plusieurs d’entre eux « déjà en service dans les universités en tant que moniteurs, vacataires ou Ater, avons été disqualifiés de façon surprenante. Plus grave encore, certains d’entre nous sont auteurs de plusieurs publications scientifiques et même titulaires de doctorat. »
Les différents arguments sus évoqués peuvent-ils conduire à une reconsidération des situations des membres de ces collectifs ne figurant pas sur les listes publiées au titre du ministère de l’enseignement supérieur et de celui de la recherche scientifique ?
L’argument de l’âge limite qui est avancé par le collectif des « titulaires du doctorat » semble à ce titre le plus sérieux. En effet, le caractère spécial du recrutement n’ayant pas été spécifié, on peut interroger les critères mis en place. Etait-ce un recrutement spécial du fait du caractère groupé du recrutement ou/et alors par le fait des critères de sélection des candidats ? Lorsqu’on analyse les textes, il apparait que les principes généraux présidant à l’accès à la fonction publique ont été retenus pour l’accès aux différents postes mis en concours. La revendication de ce collectif portant sur ce critère confronte ainsi ce recrutement à ce qui à constituer sa faiblesse. Son caractère trop général. En effet, tout s’est passé comme si l’accès aux différents postes mis en concours n’obéissait pas à des règles spécifiques.
Pour ceux qui sont coutumiers des usages du recrutement dans l’enseignement supérieur et dans la recherche, les procédures ne sont pas assorties d’une limitation d’âge. Il est donc possible passé 40 ans de faire acte de candidature et d’intégrer l’enseignement supérieur. Cela se comprend d’ailleurs si on sait que les profils d’enseignants sont divers et que certains arrivent à l’enseignement supérieur par la thèse après des expériences professionnelles dans les entreprises ou en ayant enseigné dans d’autres pays. De plus, il n’était nullement prévu ce qui est d’usage que les différents postulants aient un entretien avec des spécialistes des disciplines universitaires dans lesquelles ils postulaient. Ce qui toute chose égale par ailleurs permet de classer les candidats en tenant compte de leur dossier et de leur capacité à défendre ce dossier. De ce fait, la mise en évidence de ce critère qui a été posé de manière générale semble remettre en cause la procédure qui a conduit à la sélection des sélectionnés pour le compte du ministère de l’enseignement supérieur. Cependant la mise en évidence de cette limite est-elle de nature à engager la commission de coordination et de supervision opposable du recrutement à reconsidérer les cas des membres du collectif ?
Lors de la publication du communiqué annonçant cette session de recrutement, les critères à priori de discrimination ont été posés pour chacun des secteurs dans lesquels les camerounais pouvaient se porter candidat. Les postulants qui ont fait acte de candidature sur cette base peuvent-ils à mi chemin de la procédure contester une disposition qu’ils ont implicitement entérinée auparavant ? En effet, aucune contestation de cette disposition n’a été émise par des candidats potentiels, encore moins par le ministère de l’enseignement supérieur. L’avis de recrutement signé le 09 mars par le ministre de la fonction publique mentionne de façon explicite qu’il faut être « être âgé de 17 ans au moins et de 40 ans au plus » à la date du 30 avril date de fin de recevabilité des dossiers. Or une dérogation à cette disposition eut pu être envisagée avant la fin du dépôt des candidatures de sorte que certains n’aient pas à se sentir injustement lésés au terme de la procédure. Ce qui n’a pas été fait. Cela pourrait relever de la mauvaise fois de concourir en acceptant les règles et de stigmatiser les résultats arguant de ce que les règles qui ne semblaient pas défavorables à l’origine le sont devenus au mitan de la procédure.
les candidats ayant été reçus avec une bonne mention à l'examen de fin de première année d’un cycle de Doctorat ;
les candidats titulaires d'un Doctorat de troisième cycle ;
les candidats titulaires d'un Diplôme d'Ingénieur de Conception ;
les candidats titulaires d'un Doctorat en Médecine ;
les candidats titulaires d'un Diplôme de spécialisation en Médecine, n'ayant pas d'expérience pédagogique ;
les candidats titulaires d'un Doctorat d'Etat n'ayant pas d'expérience pédagogique ;
parmi les candidats titulaires d'un Diplôme étranger reconnu équivalent aux titres susmentionnés.
Autrement dit on ne peut pas considérer qu’un thésard est illégitime pour postuler à un poste d’assistant, ce qui semble être le sous-entendu de cet argument. De plus, sans que cela puisse être généralisable, il est de notoriété que certains moniteurs ou vacataires sans thèse sont davantage qualifiés que les docteurs. Que quelques docteurs aient été recalés n’entache en rien le processus de recrutement. Il s’agit d’un argument fallacieux qui vise à instrumentaliser une différence de grade qui n’est pas une différence de compétence. Il faut par ailleurs savoir que dans certaines disciplines universitaires, il n’est point besoin d’être titulaire d’un doctorat ou d’un Master pour prétendre dispenser des enseignements. L’expérience professionnelle étant davantage valorisée.
Le dernier argument convoqué pour demander soit au chef de l’Etat, soit à la commission de reconsidérer la situation des membres du collectif est celle de la situation acquise. Etant déjà en service, ils auraient dû avoir une certaine priorité que leur aurait garantie une plus grande implication du MINESUP. Ils sont certes enseignants non permanents, mais l’expérience était-elle un critère indépassable dans la procédure de recrutement ?
Il faut avant toute chose préciser que tous ceux qui sont Ater, vacataires ou moniteurs dans les universités camerounaises et, ayant fait acte de candidature n’ont pas été éliminés. Aurait-il fallu que tous les moniteurs et vacataires des universités camerounaises soient recrutés pour que personne ne fut désagréablement surpris ? Nous ne le pensons pas. Pour qui connait les modalités de recrutement du personnel moniteur, vacataire et Ater dans les universités camerounaises, la présomption d’incompétence pèse sur plusieurs individus en poste. Rien mis à part l’expérience ne prédestine plus que d’autres les membres de ce collectif à enseigner dans nos universités.
Pour finir, on peut s’interroger sur la soudaine émergence de deux collectifs au mitan de la procédure de recrutement dans l’enseignement supérieur. Quand est-ce que ces collectifs ont été portés sur les fonds baptismaux ? Quels sont les objectifs, qui sont leurs adhérents ?Sont-ce simplement des collectifs de laissés pour compte qui disparaitront au terme de la procédure de recrutement ou a-t-on là les prémisses d’une structuration en collectif des personnel enseignants non permanents de l’enseignement supérieur qui aurait pour mission de travailler à l’amélioration des conditions de travail de ces personnels dont la précarité est la seconde nature ?
S’il est légitime d’améliorer sa condition en la troquant pour une autre, il est encore plus noble d’améliorer une situation qui ne nous est pas simplement profitable, mais participe de la consolidation de la qualité de notre enseignement supérieur.