La petite de mon cousin l'a trompé,il n'en veut plus!
Très cher cousin,je tiens à m'excuser de m'occuper aujourd'hui d'une affaire qui de près ou de loin ne me regarde pas. Elle est privée,et je suis disqualifié,car je ne suis ni toi,ni ta copine. Cette affaire relève de votre cadre privé et ne me concerne pas à ce titre.
J'ai appris avec désolation que Marie,ta copine,ta fiancée,sans qu'on se l'explique;elle dit ne pas se l'expliquer à elle-même s'est retrouvée à frotter le lard avec Jérôme son ex fiancé. Je n'étais pas revenu de ma désolation et j'apprenais que dans un accès de colère dont tu as le secret,tu as mis un terme (provisoire,provisoirement définitif,définitif ? ) à votre relation.
Je ne vais pas de te demander de reprendre Marie car la force des sentiments que tu as pour elle, saura en la matière te donner de meilleurs conseils que moi. Mais il me faut au mitan de cette crise t'interpeller sur la fidélité dans le couple. Une vertu qu'on ne prête qu'aux femmes et dont nous les hommes, savons faire l'économie.
Je ne sais ce à quoi tu as pensé lorsqu'elle t'a avoué qu'elle avait couché avec quelqu'un d'autre . Mais,je sais ce qui me serait venu à l'esprit. Je connais les sentiments qui m'auraient alors habité et qui auraient dicté ma conduite,si ma copine me confessait pareille forfaiture.
«Je dois être moyen au lit pour ne pas dire mauvais,pour qu'elle ait éprouvé un besoin irrépressible de retourner voir son ex. Le pire...,c'est que j'ai vraisemblablement été toujours mauvais,mais elle n'en a jamais rien dit. Si...,enfin...,elle me complimentait...,J'aurai dû saisir le tour ironique de ses compliments!» A la suite de quoi,je me serais senti humilié.
Oui!l'humiliation serait monté en moi,une humiliation mêlée au désir de lui faire payer. Lui faire payer cette humiliation qu'elle me faisait subir. Qu'elle m'avait déjà fait subir lorsqu'elle était sous lui,lorsqu'il la ramonait. «Peut être en a-t-elle joui...Fichtre!»
Tout ce fiel aurait envahi mon être,et avec lui, cette question idiote à laquelle elle n'avait vraisemblablement pas de réponse: «pourquoi? Pourquoi l'avait-elle fait?» «Cet aveu,pour spontané qu'il soit, ne cache-t-il pas d'autres trahisons? Peut être cherche-t-elle a noyé le poisson?»Aurait-elle eu une réponse qui me satisfasse ,tout en la justifiant ? Il est évident que non! Car j'attendrai d'elle qu'ellejustifie à ma perception un acte ''proprement injustifiable''.
Pendant qu'elle bafouillerait,m'implorant de l'absoudre de cette incartade,moi,humilié,blessé d'avoir été cocufié,je l'aurai foutu à la porte. Oui! Je l'aurai foutu à la porte pour autant que la représentation du mélodrame eut pour scène mon domicile. Me disant qu'il fallait qu'elle paie...,qu'elle paie cette humiliation qu'elle me faisait subir,cette blessure qu'elle infligeait à mon orgueil de mâle dominant.
Je l'aurai viré,viré sans promesse d'absolution. Oui,et en prenant soin de l'affubler de tous les noms d'oiseaux possibles et imaginables. «putes!oui putes. Pétasses,oui pétasses. Chiennes,oui chiennes!Salopes,oui salopes!»
Toute cette logorrhée la raccompagnant sur le pas de la porte,en ayant pris soin d'y ranger les effets qu'elle avait chez moi,viserait son orgueil. Oui! blessure pour blessure,je lui aurai fait payer,du moins verbalement ce crime de lèse-orgueil qu'elle m'infligeait. Cette humiliation que je subissais. Aurai-je eu un autre moyen de lui faire payer,de la blesser aussi,de l'humilier,assurément qu'il n'eut pas été de trop.
Peut-être cousin as-tu également pensé et agi ainsi. Peut-être as-tu agi différemment. Je me garderai bien de juger ton attitude. Je la comprends,et ne suis pas certain,que privé de ma faculté de juger,et livrer à ma bestialité,je ne lui aurais pas foutu mon coup de pied dans le postérieur en guise d'aurevoir!
Cousin,peut être ne reprendras-tu pas Marie. Peut être la reprendras-tu. Qu'importe! Cela ne regarde que vous! Toi,confronté à ton orgueil blessé et tes sentiments. C'est une sorte de dilemme cornélien face auquel je te laisse trouver ta voie. Tes amis et ta famille l'apprenant,te convaincront de ne pas reprendre cette fille qui a manqué de dignité. Le mot est lâché...!C'est d'ailleurs un féminin. De là,à en faire l'apanage de la gent féminine,il n'y a qu'un pas qu'ils franchiront plus vite que César le rubicon. «Une fille sans honneur,c'est pas pour toi!».Toi et moi,sommes des ''hommes d'honneur''.Le terme est un masculin. D'où vient-il qu'il soit invoqué pour condamner une femme. Qu'elle soit condamnée parce que manquant de dignité,cela reste cohérent avec la féminité,mais qu'elle soit condamnée pour défaut d'honneur, voilà qui paraît surprenant! Cohérence pour le moins abstruse affectant à la gent féminine des attributs ''féminins'' et à la gent masculine des attributs ''masculins''.
Laissons là,les questions de cohérences qui seraient masculines ou féminines. Toi et moi cousin, personne ne nous considérerait comme dépourvu d'honneur pour être allé voir ailleurs. Serait-ce à dire que l'honneur est féminin? Moi qui pensait que nous étions des ''hommes d'honneur''!Je croyais qu'on courrait le risque d'en être dépossédé pour avoir cocufié nos compagnes.
Hier,apprenant votre crise,je m'interrogeais alors sur les relations aux attributs asymétriques. J'ai beau trompé ma copine,personne ne s'avisera dans mon cercle restreint de considérer que je n'ai point de dignité,ou alors que je manque d'honneur. Si elle s'avise d'en faire autant,même par erreur,qu'elle le regrette n'ôtera pas cette tâche dans le regard social sur elle. Cette tâche qui la suivra partout où l'histoire sera rapportée. Cette tâche qui la réduira aux catégories de ''filles aux mœurs légère'' et autres ''filles faciles''.Elle l'est d'ailleurs pour autant qu'elle soit considérée comme telle. C'est bien le pouvoir fondateur du regard. Il crée l'objet!
Mais,une fille facile,c'est une sorte de sous-catégorie de la femme,une sorte de périphérie vers laquelle la contrainte et l'indigence poussent certains. Pour d'autres,c'est une zone résidentielle,qu'on quitte dès que l'ascenseur social le permet,et qui reçoit difficilement les activités dévouées aux zones centrales.
Chiche,elles l'ont bien mérité ces femmes,ces filles! La société attend de ses membres qu'ils agissent de sorte que leur honneur et leur dignité soient saufs. Ceux qui enfreignent les règles sont des déviants. Le bannissement est leur lot pour autant que cela soit connu.
Telle quelle,la règle fait sens,et je ne m'appesantirais pas sur les significations sociales de ce bannissement. Qu'il soit travaillé par des logiques expiatoires,ou qu'il trahisse une irrémédiable déchéance,cela importe bien peu au regard de la ségrégation social qu'il cultive.
Quel homme perdrait son honneur au motif qu'il s'est fourvoyé de chatte? Quel malabar serait considéré comme socialement indigne parce qu'ayant un certain appétit pour un cul autre que celui de sa compagne?
Je vois d'ici,les commentaires féminins et masculins. «C'est un chaud lapin»,les sourires complices,les approbations implicites. Qu'elle se taise sa compagne!Qu'elle rumine,oui,mais dans le silence. Dans le silence de la cuisine maternelle,elle a ouï de la bouche de celle là qu'il fallait fermer les yeux sur les ''écarts de son homme''.Point de condamnation donc,mais une bienveillance tacite,une tolérance manifeste. La société ne considère pas cela comme une faute. Pas même morale! Qu'un homme trompe sa compagne, Quoi de plus normal! Le mot est lâché... Il s'agit d'une norme. Et,que dit la norme? Pour le même acte,la norme :coucher avec un autre que son/sa partenaire est un faute passible de déchéance sociale pour l'individu de gent féminine,mais un épiphénomène pour les individus de gent masculine.
En repensant à ces sentiments qui m'auraient noyé si je m'étais à ta place retrouvé,j'ai soudain réalisé qu'à chaque fois que ma copine avait su que j'étais allé avec une autre qu'elle,elle les avait également éprouvé. Oui,elle s'était sentie humiliée,son orgueil de femme en avait pris un coup Elle s'était demandée si elle était médiocre au lit. En conséquence de quoi le désir d'aller voir ailleurs a fait son lit dans mon esprit. Elle se serait demandé «pourquoi? Pourquoi?» Bien sur, je n'aurai pas trouvé de mots assez juste pour expliquer mon acte,sans l'accabler de manière concomitante. Après tout,de quelles explications se satisferait une personne humiliée,une âme blessée,et un amour bafoué?
Aucune assurément! Et ce n'est certainement pas cette convention sociale à géométrie variable qui pansera ses plaies!
La mienne de copine a toujours trouvé dans les sentiments qu'elle a pour moi la force de me pardonner. Je ne sais pas si moi,je lui pardonnerai de me faire ce que je lui fais. Normal. Le respect des conventions est ma seconde nature! Je ne risque donc pas de contrevenir à la condamnation de la société qui me commande de refuser l'absolution à celle qui m'avoue sa faute. Et qu'importe la force de mes sentiments,l'iniquité de cette convention, il faut que mes actes s'y conforment. D'ailleurs,ma copine,l'absolution qu'elle m'accorde consécutivement à cette offense à notre amour est lui aussi contraint. La norme lui dicte de me pardonner et elle doit s'y conformer. Dans le secret de la cuisine maternelle,c'est bien ce que maman lui a indiqué. C'est loin d'être un acte de charité désintéressé,mû par la seule force de ses sentiments pour moi!